IA générative et article 50 : qui doit informer, marquer ou divulguer ?
Une même campagne peut mobiliser un fournisseur de modèle, un éditeur d’outil, une agence et une marque. L’article 50 répartit les obligations entre ces acteurs selon la sortie produite et sa destination. Cette méthode permet de décider avant publication.
L’article 50 répartit des obligations de marquage et de divulgation selon l’acteur, la nature de la sortie et son usage. La qualification doit précéder la publication.
Cluster éditorial : Transparence et contenus générés · Intention : Appliquer l’article 50 aux contenus générés par IA
En bref
L’essentiel à retenir
01
Le fournisseur organise le marquage lisible par machine des sorties synthétiques couvertes.
02
Le déployeur organise la divulgation visible des deepfakes et de certains textes d’intérêt public.
03
Une relecture humaine n’efface pas automatiquement l’obligation. L’exception éditoriale a des conditions précises.
04
La preuve utile associe qualification, configuration, tests, validation éditoriale et archive de la publication.
01
Décider en cinq questions avant de publier
Commencez par décrire le contenu final, et non l’outil utilisé. Notez son format, les éléments synthétiques ou manipulés, les personnes représentées, le public visé, le canal et l’objectif de diffusion. Cette fiche évite de tirer une conclusion à partir d’une simple étiquette comme « IA générative ».
Identifiez ensuite l’organisation qui fournit le système et celle qui l’utilise sous sa propre autorité. Demandez enfin si la sortie relève du marquage technique, si elle constitue un deepfake, si le texte informe le public sur une question d’intérêt public et si une exception précise pourrait s’appliquer.
Arbre de décision éditorial
Question
Si oui
Propriétaire du contrôle
Le système génère-t-il de l’audio, une image, une vidéo ou un texte de synthèse ?
Vérifier le marquage lisible par machine et les exceptions du paragraphe 2
Fournisseur du système
L’image, l’audio ou la vidéo ressemble-t-il à une personne, un objet, un lieu ou un événement existant et paraît-il authentique ?
Évaluer la qualification de deepfake et préparer la divulgation
Déployeur et responsable éditorial
Le texte est-il publié pour informer le public sur une question d’intérêt public ?
Prévoir la divulgation ou documenter l’exception éditoriale
Déployeur et éditeur
Le contenu appartient-il clairement à une œuvre artistique, créative, satirique ou fictive ?
Adapter la divulgation sans entraver l’œuvre
Déployeur et direction artistique
Une personne verra-t-elle le contenu pour la première fois sur ce canal ?
Rendre l’information claire, reconnaissable et accessible à cet endroit
Fournisseur : traiter le marquage comme une fonction du produit
Le fournisseur doit prévoir un marquage lisible par machine et rendre les sorties identifiables comme générées ou manipulées par une IA. L’exigence concerne les systèmes, y compris ceux à usage général, qui produisent des contenus audio, image, vidéo ou texte de synthèse.
Le plan de test doit couvrir la génération initiale puis les transformations prévisibles. Pour une image, cela peut inclure le recadrage, la compression et le changement de format. Pour une vidéo ou un fichier audio, il peut inclure le réencodage et l’extraction d’un segment. Le résultat doit indiquer ce qui reste détectable, dans quelles conditions et avec quelles limites.
L’article 50 tient compte de la faisabilité technique, des coûts et de l’état de la technique. Cette proportionnalité appelle une analyse documentée. Elle ne dispense pas de mettre en œuvre une solution simplement parce qu’aucune technique n’est parfaite.
Déployeur : qualifier le deepfake sans se fier au seul réalisme
Le règlement définit le deepfake comme un contenu image, audio ou vidéo généré ou manipulé par une IA qui ressemble à des personnes, objets, lieux, entités ou événements existants et qui apparaîtrait à tort comme authentique ou véridique. Le test porte donc sur la ressemblance et sur l’impression d’authenticité.
Cas pratique : une marque génère une vidéo réaliste montrant sa dirigeante prononcer un discours qu’elle n’a jamais enregistré. La vidéo entre probablement dans le champ du deepfake. La marque, qui utilise le système sous sa propre autorité, doit préparer une divulgation visible. L’agence qui exécute la campagne doit connaître cette décision, mais le contrat ne doit pas laisser la responsabilité éditoriale sans propriétaire.
À l’inverse, un personnage manifestement imaginaire dans un univers graphique peut ne pas répondre à la définition. Il reste prudent de vérifier les autres règles applicables, notamment le droit de la consommation, le droit à l’image et les engagements pris auprès du public.
Textes d’intérêt public : encadrer réellement l’exception éditoriale
Lorsqu’un système génère ou manipule un texte publié pour informer le public sur une question d’intérêt public, le déployeur doit indiquer l’intervention de l’IA. Cette catégorie peut concerner, selon le contexte, une actualité, une information civique, sanitaire, économique ou réglementaire destinée au public.
L’obligation ne s’applique pas si deux conditions sont réunies. Le contenu doit avoir fait l’objet d’un examen humain ou d’un contrôle éditorial. Une personne physique ou morale doit aussi assumer la responsabilité éditoriale de la publication. Cliquer sur « approuver » sans critères, sans correction possible et sans propriétaire identifié constitue une preuve fragile.
Cas pratique : une entreprise publie une analyse de l’AI Act à partir d’un brouillon généré. Un expert vérifie chaque affirmation dans les sources officielles, corrige le texte, signe la fiche de validation et l’entreprise assume la responsabilité éditoriale. Ce dispositif peut soutenir l’exception. La décision reste liée aux faits et doit être conservée.
Choisir un libellé lisible et le placer au bon endroit
L’information doit être claire et reconnaissable au plus tard lors de la première exposition. Le libellé doit décrire le fait utile sans noyer le lecteur. Par exemple : « Cette vidéo a été générée ou manipulée par une IA » ou « Certaines images de cette création ont été générées par IA ». Le choix exact dépend du contenu et des lignes directrices applicables.
Sur un réseau social, une mention uniquement placée sur une page externe risque de parvenir trop tard. Pour une vidéo, l’information peut apparaître dans le contenu ou à proximité immédiate, selon le format et le contexte. Pour un contenu audio, une solution sonore ou une transcription accessible peut être nécessaire.
Les icônes proposées par l’Union peuvent compléter un texte. Elles restent facultatives et ne doivent pas rendre le message moins compréhensible. Testez le dispositif sur le support réel, avec ses contraintes de taille, de contraste, de durée et de lecture assistée.
La preuve ne doit pas être dispersée entre l’équipe produit, l’agence et le service communication. Rassemblez une fiche par usage ou campagne. Elle doit permettre à un tiers de comprendre la décision sans reconstituer les échanges.
Le code européen de bonnes pratiques propose des mesures pour le marquage, la détection et l’étiquetage. Son adhésion est volontaire. Si l’organisation choisit une autre approche, elle doit pouvoir expliquer en quoi ses mesures satisfont l’article 50. Le niveau de détail du dossier doit être proportionné à l’échelle, à la fréquence et au risque de tromperie.
Non. Le fournisseur du système porte notamment le marquage lisible par machine prévu au paragraphe 2. L’entreprise qui utilise l’outil sous sa propre autorité peut être déployeur et porter la divulgation des deepfakes ou de certains textes au paragraphe 4.
Pas nécessairement. La définition suppose une ressemblance avec des personnes, objets, lieux, entités ou événements existants, associée à une apparence trompeuse d’authenticité ou de véracité. Le contenu doit être examiné dans son contexte.
Pas à lui seul. Le paragraphe 2 demande un marquage dans un format lisible par machine et des sorties identifiables comme générées ou manipulées par une IA. L’efficacité, l’interopérabilité, la robustesse et la fiabilité de la solution doivent aussi être prises en compte.
Cette solution paraît généralement insuffisante pour un contenu visé, car l’information doit être claire, reconnaissable et fournie au plus tard lors de la première exposition. Le support de publication et l’accessibilité doivent être testés concrètement.
Conservez le nom et la compétence du relecteur, les sources consultées, les versions, les corrections, la date de validation et l’identité de la personne qui assume la responsabilité éditoriale. L’article 50 n’impose pas ce format précis, mais ces éléments rendent la décision vérifiable.
Non. Le code est un outil volontaire de démonstration. L’organisation doit toujours identifier les obligations qui lui sont applicables, mettre en œuvre les mesures adéquates et conserver ses preuves.